Table des matières
Les événements nationaux et internationaux de ce début avril révèlent une accélération des tensions géopolitiques parallèlement à l'aggravation des crises humanitaires. L'impossibilité de résoudre la situation haïtienne malgré les efforts diplomatiques met en lumière l'effondrement des mécanismes d'aide internationale traditionnels, tandis que les manœuvres militaires chinoises et les blocages russo-américains illustrent la fragmentation du système international.
HAÏTI | Humanitaire — Aggravation rapide de l'insécurité alimentaire — En mars 2025, le Programme Alimentaire Mondial a documenté une détérioration accélérée de la situation alimentaire à Port-au-Prince après les violences de février, avec 42% des ménages souffrant d'une consommation alimentaire pauvre (+6% en un mois). Plus de 80% des familles expérimentent la faim modérée ou sévère, tandis que 67% ne prennent qu'un repas quotidien. Les déplacés internes sont particulièrement vulnérables, 89% d'entre eux ayant une consommation alimentaire insuffisante. Malgré cette crise, seuls 6% des ménages reçoivent une assistance humanitaire, révélant un écart dramatique entre besoins et ressources disponibles.
HAÏTI | Société — La crise des déplacés internes s'intensifie — Depuis les violences du 14 février 2025, plus de 42.500 personnes ont été déplacées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, selon l'OIM. Ces déplacés internes font face à une précarité extrême : 77% ne prennent qu'un repas par jour, 67% souffrent de faim modérée ou sévère, et seulement 4% disposent d'un revenu stable. Cette situation catastrophique pousse 60% des ménages à envisager la migration, bien que la majorité ne puisse concrétiser ce projet en raison de l'insécurité. Le phénomène reflète l'effondrement des structures sociales et économiques dans un pays où l'aide internationale reste dramatiquement insuffisante.
HAÏTI | Éducation — Un quart des enfants privés d'école — En mars 2025, le PAM révèle que 25% des enfants de la zone métropolitaine de Port-au-Prince ne fréquentent plus l'école, deux semaines seulement après la recrudescence des violences à Delmas. Cette déscolarisation massive touche particulièrement Port-au-Prince (34%), Cité Soleil (33%) et Delmas (30%). Selon l'enquête, 66% des parents évoquent l'impossibilité de couvrir les frais de scolarité après avoir perdu leurs revenus, tandis que l'insécurité rend les trajets vers les établissements extrêmement dangereux. Cette rupture éducative risque d'aggraver davantage la vulnérabilité à long terme d'une génération déjà fragilisée.
HAÏTI | Culture — Formation en archéologie pour préserver le patrimoine — Du 16 au 21 mars 2025, une formation inédite en archéologie du bâti s'est tenue au Cap-Haïtien, organisée conjointement par le Ministère de la Culture, l'ISPAN et l'UNESCO. Les participants ont exploré des sites emblématiques comme le Fort Saint Joseph, le Fort Dauphin et la Citadelle Henry sous la direction d'experts spécialisés. Le Ministre Patrick Delatour a souligné l'importance du projet de reconstruction de la chapelle de Milot. Cette initiative, soutenue par le Ministère français de la Culture, intervient dans un contexte critique où le patrimoine historique haïtien, déjà vulnérable, est davantage menacé par l'instabilité sécuritaire qui complique les efforts de conservation.
HAÏTI | Éducation — Évaluation du plan décennal à mi-parcours — Le 1er avril 2025, le MENFP a inauguré à Pétion-Ville un atelier de trois jours consacré à l'évaluation de l'axe "Accès et Équité" du Plan Décennal d'Éducation 2020-2030. Selon le Directeur Général Yves Roblin, « la tendance qui se dessine au MENFP, c'est d'augmenter l'offre scolaire » tout en veillant à la qualité. Cet atelier, soutenu par l'UNESCO, évaluera notamment l'objectif de création de 517.000 places dans l'ensemble du système éducatif. Cette initiative intervient dans un contexte particulièrement difficile où l'accès à l'éducation reste compromis par l'insécurité généralisée, avec des centaines d'écoles fermées dans les zones contrôlées par les gangs.
HAÏTI | Société — Augmentation des salaires enseignants — Le 1er avril 2025, le Ministère de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) a annoncé une revalorisation salariale pour les enseignants haïtiens. Les professeurs du premier cycle toucheront désormais 23 100 gourdes, tandis que ceux à "Tan plen" recevront 53 000 gourdes. Cette mesure s'accompagne d'avantages additionnels comme un 13e mois, une couverture d'assurance et un accès au crédit. Cette revalorisation intervient dans un contexte éducatif critique, alors que de nombreuses écoles restent fermées en raison de l'insécurité et que le ministère appelle les enseignants à poursuivre leur mission malgré les dangers.
HAÏTI | Transport — Efforts diplomatiques pour la réouverture aérienne — Le 1er avril 2025, le Conseiller-Président Leslie Voltaire a présidé une réunion stratégique concernant la réouverture de l'aéroport Toussaint Louverture, fermé depuis novembre 2024 suite à des tirs contre des avions commerciaux. La FAA a prolongé l'interdiction des vols américains jusqu'en septembre 2025, contraignant les compagnies majeures à suspendre leurs opérations. « La réouverture est une priorité nationale », a déclaré Voltaire, soulignant l'urgence de sécuriser cette infrastructure vitale. Cette initiative intervient alors que les aéroports régionaux de Cap-Haïtien et Les Cayes assurent un service international minimal et que les assureurs classent désormais Haïti en zone à risque extrême, comparable aux zones de conflit actif.
CHINE-TAÏWAN | Conflits — Pékin lance des exercices militaires d'envergure — Le 1er avril 2025, l'armée chinoise a déployé ses forces navales, aériennes et terrestres autour de Taïwan dans des manœuvres incluant la simulation d'un blocus maritime et d'assauts sur des cibles. Ces exercices, qualifiés d'« avertissement sévère » contre les « forces séparatistes », surviennent quelques jours après la visite en Asie du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, qui avait promis de contrer « l'agression chinoise ». Taïwan a condamné ces opérations comme « irresponsables » et détecté 71 avions et 13 navires chinois, dont le porte-avions Shandong. Ces manœuvres interviennent dans un contexte d'inquiétude croissante à Taipei face à la politique extérieure de Donald Trump.
RUSSIE-UKRAINE | Conflits — Moscou rejette le plan de paix américain — Le 1er avril 2025, Sergueï Riabkov, conseiller de Vladimir Poutine, a déclaré que la Russie ne pouvait accepter les propositions américaines pour mettre fin à la guerre en Ukraine « sous leur forme actuelle ». Cette position souligne les difficultés rencontrées par Donald Trump, qui avait promis de résoudre rapidement ce conflit. Le président américain a exprimé sa frustration à l'égard de Poutine, se disant « furieux » et menaçant d'imposer des tarifs sur les exportations de pétrole russe. L'impasse persiste sur des questions fondamentales, Moscou exigeant notamment la reconnaissance de ses annexions territoriales et la démilitarisation de l'Ukraine, tandis que Trump a fixé au 20 avril la date limite pour un cessez-le-feu.
BRÉSIL-RUSSIE-CHINE | Politique — Lula intensifie la coopération avec Moscou et Pékin — Le 31 mars 2025, la présidence brésilienne a annoncé que Luiz Inácio Lula da Silva rencontrera Vladimir Poutine à Moscou le 9 mai, puis Xi Jinping à Pékin le 12 mai. Ces visites, programmées dans un contexte de tensions commerciales mondiales après les tarifs douaniers imposés par Donald Trump, soulignent le renforcement des liens entre ces pays des BRICS. La Chine, premier partenaire commercial du Brésil avec 28% de ses exportations et 24,2% de ses importations, accueillera le forum CELAC pour intensifier sa coopération avec l'Amérique latine. Lula, qui préside les BRICS jusqu'en 2025, a exprimé ses inquiétudes face aux mesures protectionnistes américaines qui « affaiblissent le multilatéralisme ».
La juxtaposition des crises haïtienne et ukrainienne avec les rapprochements stratégiques sino-russes et les positionnements du Brésil démontre l'émergence d'un monde multipolaire où les puissances moyennes cherchent des alternatives aux structures occidentales. Cette recomposition s'accompagne d'une intensification des crises humanitaires dans les zones les plus vulnérables, signalant l'urgence d'un nouveau cadre de gouvernance mondiale.