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Haïti assiégée, ordre mondial fragilisé : l'actualité en bref

L'enchevêtrement des crises haïtiennes révèle l'impuissance institutionnelle face à l'emprise grandissante des acteurs armés non-étatiques.

Manifestations à Port-au-Prince contre l'insécurité. le 2 avril 2025.

Table des matières

La convergence de multiples crises en Haïti illustre l'effondrement d'un État incapable de garantir la sécurité de sa population, tandis que l'ordre international vacille sous l'effet des politiques protectionnistes américaines et des conflits gelés au Moyen-Orient et en Europe de l'Est. La militarisation de l'espace public haïtien s'accompagne d'une instrumentalisation politique croissante de la violence.


HAÏTI | Crise — Manifestations violentes à Port-au-Prince — Le 2 avril, des milliers de Haïtiens ont manifesté contre la recrudescence des violences des gangs qui contrôlent 85% de la capitale. Des échanges de tirs ont éclaté lorsque des manifestants armés ont ouvert le feu sur la police près des bureaux du Premier ministre Fils-Aimé. « Aujourd'hui, le peuple haïtien va se battre pour être libre », a déclaré Joseph Mackendy à Reuters. Cette mobilisation survient alors que plus de 60 000 personnes ont été déplacées en un mois et après l'évasion de 500 détenus lors d'une attaque de gangs à Mirebalais le 31 mars dernier.

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Scène de manifestations à Port-au-Prince, le 2 avril 2025.

HAÏTI | Société — Flambée des violences basées sur le genre — En janvier-février 2025, 1 263 incidents de violences basées sur le genre (VBG) ont été rapportés en Haïti, révèle un rapport du Sous-Cluster VBG de l'UNFPA. Les viols représentent 52% des cas, suivis des violences psychologiques (26%). Alarmant, 74% des agressions sont perpétrées par des membres de gangs armés, principalement au domicile des victimes (58%) ou dans la rue (18%). Le département de l'Ouest concentre 62% des incidents. Seulement 28% des viols sont traités dans les 72 heures suivant l'agression, tandis que l'accès aux services de police reste quasi inexistant (0,24% des cas).

HAÏTI | Politique — La mission internationale peine face aux gangs — Le 2 avril, un rapport de l'Observatoire de la Violence et de la Résilience en Haïti révèle que la mission multinationale de sécurité (MSS) dirigée par le Kenya se trouve dans une position précaire avec seulement 1 000 des 2 500 agents prévus déployés. La mauvaise coordination avec la police haïtienne, les difficultés de déploiement rapide et le manque de renseignements compromettent l'efficacité de la mission. Cette situation s'aggrave alors que l'emprise des gangs sur le territoire ne cesse de s'étendre, nécessitant un soutien international accru pour éviter que le pays ne sombre davantage dans le chaos.

HAÏTI | Politique — Les gangs en quête de reconnaissance politique — Le 2 avril, l'Observatoire de la Violence en Haïti rapporte que la coalition de gangs Viv Ansanm, contrôlant 85% de Port-au-Prince, cherche à obtenir une légitimité politique. En janvier, son chef a annoncé la transformation du groupe en parti politique avec des propositions de réformes gouvernementales. Le Conseil Présidentiel de Transition apparaît divisé face à cette stratégie, certains membres envisageant un dialogue tandis que d'autres s'y opposent fermement. Cette évolution place le pays devant un dilemme critique : l'intégration politique pourrait inciter les gangs à désarmer mais risquerait également d'institutionnaliser des structures de pouvoir fondées sur la violence.

HAÏTI | Santé — Arrivée cruciale d'aide médicale — Le 2 avril, l'Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) a livré près de trois tonnes de fournitures médicales essentielles en Haïti depuis sa réserve stratégique au Panama. La cargaison comprend des kits chirurgicaux pour traumatismes, des équipements de protection et des fournitures de laboratoire. « Ces envois humanitaires ont été une bouée de sauvetage pour soutenir les services de santé », a déclaré le Dr Oscar Barreneche, représentant de l'OPS en Haïti. Cette aide intervient alors que seulement 42% des établissements de santé restent pleinement opérationnels dans la région de Port-au-Prince, aggravant la crise pour plus d'un million de déplacés internes.

ÉTATS-UNIS/HAÏTI | Économie — Trump impose des tarifs frappant un pays en crise — Le 2 avril, le président Trump a imposé un droit de douane universel de 10% sur toutes les importations étrangères, touchant notamment Haïti déjà ravagée par la violence et l'instabilité. « Un problème de plus pour un pays qui souffre », a commenté l'économiste haïtien Enomy Germain. Cette mesure affectera durement l'économie haïtienne, dont les États-Unis sont le principal partenaire commercial avec des exportations annuelles de centaines de millions de dollars. Trump a justifié ces tarifs, qui concernent plusieurs dizaines de pays, en affirmant que l'Amérique avait été « pillée » par ses partenaires commerciaux, malgré les avertissements d'économistes sur un risque accru de récession.

FRANCE | Politique — Menaces de mort contre des juges après la condamnation de Le Pen — Le 2 avril, des sources judiciaires ont révélé que les juges ayant condamné Marine Le Pen pour détournement de fonds ont reçu des menaces de mort si graves que la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, a été placée sous protection policière. « Les magistrats doivent être protégés », a déclaré Emmanuel Macron. Lundi, Le Pen a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux sous surveillance électronique, et à une inéligibilité de cinq ans avec effet immédiat. Elle a fait appel de cette décision qu'elle qualifie de « bombe nucléaire » lancée par le « système », un procès qui devrait être jugé d'ici l'été 2026.

RUSSIE-ÉTATS-UNIS | Diplomatie — Moscou envoie un émissaire à Washington — Le 2 avril, le président russe Vladimir Poutine a dépêché Kirill Dmitriev, directeur du fonds souverain russe, à Washington pour des discussions avec des représentants américains. Cette visite, la plus importante depuis le début du conflit ukrainien en 2022, vise à relancer les négociations pour un cessez-le-feu d'ici le 20 avril, date butoir fixée par Trump. Dmitriev doit rencontrer Steve Witkoff, envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient. Cette initiative diplomatique intervient alors que Trump a récemment menacé la Russie de sanctions économiques, et que l'Ukraine et ses alliés européens restent sceptiques face aux intentions russes, accusant Moscou de prolonger les pourparlers pour consolider ses positions militaires.

ISRAËL-GAZA | Conflits — Netanyahu revendique de nouveaux gains territoriaux — Le 2 avril, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé la capture du "corridor de Morag" dans le sud de Gaza, intensifiant l'offensive lancée le 18 mars après l'effondrement du cessez-le-feu avec le Hamas. Plus de 1 000 Palestiniens ont été tués et 140 000 déplacés depuis la reprise des combats. L'ONU accuse Israël d'avoir tué 15 travailleurs humanitaires, dont les corps ont été retrouvés dans une fosse commune. Parallèlement, des manifestations anti-Hamas ont éclaté dans plusieurs villes, notamment à Beit Lahia, où des Gazaouis ont réclamé la fin de la guerre et du règne du mouvement islamiste, reflétant une frustration croissante face à l'intensification des bombardements.


Les événements du 2 avril dévoilent l'inefficacité des réponses internationales conventionnelles face à l'hybridation des menaces sécuritaires. La transformation de groupes armés en acteurs politiques en Haïti préfigure un phénomène global où les frontières entre criminalité organisée et pouvoir institutionnel s'estompent, remettant en question les paradigmes traditionnels de résolution des conflits et de reconstruction étatique.

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