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Revue sectorielle de l’éducation: entre ambitions multilingues et réalité d’urgence

Clôture de l’atelier sur l’éducation multilingue à El Rancho, dans un contexte d’effondrement du système éducatif haïtien.

Jean-Luc Tondreau, représentant national de l’éducation au bureau de l’UNESCO en Haïti, lors de la clôture de l’atelier sur l’éducation multilingue, tenu à l’hôtel El Rancho le 28 mars 2025. Photo: UNESCO/Jean Emile PAUL

Table des matières

Le 28 mars 2025, à l’hôtel El Rancho, s’est clôturée la deuxième semaine des ateliers thématiques de la Revue Sectorielle Conjointe de l’Éducation. L’accent a été mis sur l’éducation multilingue, dans un pays où l’école tente de survivre au cœur du chaos.

Réfléchir à l’éducation multilingue en contexte de crise

Le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), en partenariat avec l’UNESCO, a clos vendredi 28 mars un atelier consacré à l’éducation multilingue basée sur la langue maternelle. Cette activité s’inscrit dans le cadre de la Revue Sectorielle Conjointe de l’Éducation 2025 et vise à évaluer la mise en œuvre du Plan Décennal d’Éducation et de Formation (PDEF 2020-2030).

Les objectifs étaient ambitieux : analyser les progrès accomplis depuis 2020, identifier les résultats obtenus par le MENFP, interroger les défis persistants, et formuler des recommandations pour la période 2025-2030. Les échanges ont permis de souligner les avancées mais aussi les obstacles structurels entravant l’intégration effective du créole et du français dans le système éducatif haïtien.

Un idéal pédagogique confronté à une réalité violente

L’atelier s’est tenu dans un climat d’instabilité extrême pour le secteur éducatif. Depuis janvier 2024, plus de 900 écoles ont fermé, dont 47 détruites à Port-au-Prince en janvier 2025 seulement. Le chaos sécuritaire transforme les écoles en abris improvisés ou en cibles. Pendant ce temps, près de 1,5 million d’enfants sont déscolarisés ou menacés de l’être, et les enseignants fuient les zones les plus exposées.

Dans ce contexte, réfléchir à l’éducation multilingue peut sembler abstrait. Pourtant, c’est précisément dans ces moments de crise que réaffirmer les fondements d’un système éducatif équitable et inclusif prend tout son sens.

Entre planification institutionnelle et mobilisation humanitaire

Si le PDEF insiste sur la réduction des inégalités linguistiques et l’amélioration des apprentissages par l’usage du créole, sa mise en œuvre reste freinée par l’insécurité, la pauvreté, et l’exode des enseignants. Les intervenants ont proposé des stratégies pour renforcer le multilinguisme à l’école, notamment par la formation des enseignants, la production de matériels adaptés, et la clarification du rôle des langues dans les curricula.

L’allocution de clôture de M. Jean-Luc Tondreau, représentant de l’UNESCO, a salué la résilience des acteurs du secteur. Il a rappelé que l’éducation en langue maternelle constitue un levier essentiel pour l’équité, la réussite scolaire et la cohésion sociale.

La revue continue, l’urgence demeure

La Revue Sectorielle se poursuivra jusqu’au 4 avril, avec deux nouveaux axes : « Accès et équité » et « Formation technique et professionnelle ». Mais au-delà des ateliers, l’urgence reste palpable. Faute de sécurité, de financement et de perspectives politiques claires, les promesses du PDEF risquent de s’effacer face à l’effondrement du quotidien éducatif.

Pourtant, au cœur de cette tourmente, la tenue de ces discussions prouve une chose : malgré tout, l’éducation continue de porter l’espérance d’un avenir possible.

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