Aller au contenu

Sites de déplacés en Haïti : une crise humanitaire massive, des abris toujours plus précaires

En mars 2025, près de 185 000 déplacés vivent dans des sites précaires, majoritairement à Port-au-Prince, fuyant l’insécurité.

Table des matières

Le dernier rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), publié le 27 mars 2025, confirme l’ampleur du drame humanitaire en Haïti. Près de 185 000 personnes déplacées internes vivent aujourd’hui dans des sites précaires, majoritairement situés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Un pays fragmenté par les déplacements forcés

Selon l’OIM, 185 293 personnes déplacées vivent actuellement dans 119 sites spontanés répartis à travers le pays, dont 89 dans la seule région métropolitaine de Port-au-Prince. Ces chiffres traduisent une réalité de plus en plus alarmante : des communautés entières contraintes de fuir les violences armées, l’effondrement des services de base, ou l’occupation de leur quartier par des groupes armés.

Si le nombre total de sites a légèrement diminué (-0,5 % par rapport à février), cette baisse est en trompe-l’œil. Elle résulte essentiellement de la fermeture de 25 sites attaqués ou devenus inaccessibles, forçant les déplacés à se regrouper ailleurs ou à chercher refuge dans des conditions encore plus précaires.

Des écoles et églises transformées en refuges de fortune

Les données révèlent une diversité frappante des lieux d’hébergement : écoles, églises, bâtiments publics, terrains vagues, parfois même des structures sans toit ni clôture. Parmi les sites les plus peuplés figure l’école nationale République de l’Équateur (Delmas 41) avec 2 912 déplacés, ou encore l’église Source de la Grâce (Bicentenaire) avec 4 705 personnes.

Au total, 53 % des déplacés sont des femmes, et 32 % sont des enfants, ce qui souligne la vulnérabilité extrême de cette population. Ces chiffres rappellent que les sites spontanés ne sont pas seulement des chiffres : ce sont des vies suspendues, des familles sans toit, des enfants privés d’école et d’espoir.

La capitale, cœur d’une spirale de déplacements

Les communes de Port-au-Prince, Delmas, Cité Soleil, Léogâne, Pétion-Ville et Carrefour concentrent à elles seules la majorité des sites. Certaines zones comme Bois Verna, Turgeau ou Martissant connaissent des hausses de population déplacée allant jusqu’à +114 % en un mois, signalant une détérioration rapide des conditions de sécurité.

Malgré ces urgences, l’OIM précise que ces données ne couvrent que les personnes réfugiées dans les sites recensés. Un grand nombre de déplacés vivent en dehors de ces sites, hébergés par des familles ou en location informelle, échappant ainsi aux radars de l’aide humanitaire.

Vers une invisibilisation progressive de la crise ?

La fermeture de certains sites, loin de refléter une amélioration, traduit souvent un déplacement secondaire : les populations fuient à nouveau, parfois vers des zones encore plus dangereuses ou insalubres. Parmi les sites fermés figurent des lycées, des églises, des centres de santé devenus inhabitables ou ciblés par la violence.

Face à l’ampleur de la crise, l'OIM rappelle que ces mises à jour mensuelles ne sont qu’un outil d’orientation pour les interventions humanitaires, tandis que les évaluations globales plus rares (rounds trimestriels) brossent un tableau encore plus sombre de la situation nationale.

commentaires

Dernières nouvelles