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Haïti sombre dans le chaos, le monde en pleine reconfiguration : l'actualité du 27 mars 2025

Le monde confronté à trois crises simultanées révélatrices d'un nouvel ordre international multipolaire où puissance militaire, économique et diplomatique s'entremêlent.

Manifestation à Bourdon, Port-au-Prince, le 27 mars 2027

Table des matières

La journée du 27 mars 2025 illustre une géopolitique mondiale fragmentée où coexistent conflits asymétriques, rivalités commerciales et ambitions territoriales. Haïti sombre dans l'anarchie tandis que l'Ukraine résiste malgré les divisions occidentales. Parallèlement, l'administration Trump poursuit une politique étrangère unilatérale qui redessine les alliances traditionnelles et fragilise l'ordre commercial international.

HAÏTI | Sécurité — Répression d'une manifestation à Boudon — Le 27 mars 2025, la police nationale haïtienne a violemment dispersé une manifestation populaire dans le quartier de Boudon à Port-au-Prince. Selon Radio Télé UNI, les forces de l'ordre ont fait un usage massif de gaz lacrymogènes et plusieurs personnes auraient été blessées par balles. Les manifestants réclamaient « un peu de sécurité » pour que leur zone ne devienne pas « un territoire perdu » sous contrôle des gangs. Cet incident survient dans un contexte de tensions croissantes, alors que d'autres manifestations à travers la capitale exigent la démission du Conseil Présidentiel Transitoire, jugé incapable de contenir l'avancée des gangs.

HAÏTI | Politique — Diplomatie régionale face à la crise — Le 27 mars 2025, le président du Conseil Présidentiel Transitoire haïtien, Fritz Alphonse Jean, est rentré d'un voyage officiel en Jamaïque où il a rencontré plusieurs dirigeants de la CARICOM et le secrétaire d'État américain Marco Rubio. Les discussions ont principalement porté sur l'insécurité et le crime transnational. « Il y a un monde au niveau national et international qui a bénéficié de la violence que nous vivons », a déclaré Jean, évoquant les trafics d'armes, de drogues et d'organes. Cette visite souligne l'internationalisation croissante de la crise haïtienne et la recherche d'appuis régionaux.

HAÏTI-KENYA | Conflits — Mission multinationale endeuillée — Le 27 mars 2025, le président haïtien Fritz Alphonse Jean a présenté ses condoléances au Kenya suite au décès d'un policier kenyan tué lors d'une opération dans le département de l'Artibonite. Accompagné d'une délégation officielle, Jean a visité la base de la Force multinationale à Clercine où il a rencontré le général Godfrey Otunge. Ce décès illustre les dangers de la mission internationale déployée pour combattre les gangs qui contrôlent plus de 85% de Port-au-Prince, dans un contexte où la violence a fait plus de 4200 morts entre juillet et février derniers.

HAÏTI | Politique — La capitale menacée par les gangs — Le 27 mars 2025, des manifestations ont éclaté à Port-au-Prince exigeant la démission du Conseil Présidentiel Transitoire, jugé inefficace face à l'avancée des gangs qui contrôlent désormais 85% de la region métropolitaine de Port-au-Prince. « Si la capitale tombe complètement aux mains des gangs, il sera extrêmement difficile d'inverser cette situation », avertit Diego Da Rin, analyste à l'International Crisis Group. Cette détérioration sécuritaire survient alors que l'administration Trump prévoit de rapatrier un demi-million d'Haïtiens protégés aux États-Unis, une décision qualifiée d'« insensée et inhumaine » par plusieurs experts.

HAÏTI-ÉTATS-UNIS | Diplomatie — Rubio reconnaît la crise sans renforcer l'aide — Le 27 mars 2025, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a rencontré en Jamaïque le président du Conseil Présidentiel Transitoire haïtien, Fritz Alphonse Jean, sans annoncer d'augmentation de l'aide américaine malgré l'aggravation de la situation sécuritaire. Washington maintient son avertissement de niveau 4 contre les voyages en Haïti tout en poursuivant son plan de déportation de 500 000 Haïtiens. Des élus américains comme Sheila Cherfilus-McCormick ont appelé l'administration Trump à revenir sur cette décision, soulignant que « la violence des gangs a atteint des niveaux sans précédent ».

HAÏTI | Conflits — Relocalisation possible du gouvernement — Face à l'emprise croissante de la coalition de gangs "Viv Ansanm" sur Port-au-Prince, les experts sécuritaires évoquent une possible relocalisation du gouvernement haïtien vers Cap-Haïtien, deuxième ville du pays. Cette mesure d'urgence serait envisagée alors qu'un nouveau policier kenyan de la mission multinationale a été tué cette semaine. L'ONU rapporte que les gangs ont été responsables de plus de 5 600 meurtres l'an dernier et ont agressé sexuellement plus de 4 000 femmes et filles. Ce déplacement stratégique permettrait de maintenir les fonctions de l'État depuis une zone moins affectée par la violence.

HAÏTI | Sécurité — Arrestation d'un évadé planifiant d'établir un gang — Le 27 mars 2025, Brutus Simson, évadé de la Prison Civile de Port-au-Prince lors d'attaques perpétrées par des gangs armés, a été arrêté dans la section communale de Fond Jean-Noël, commune de Marigot. L'opération a été menée conjointement par l'UDMO et le SDPJ du Sud-Est. Selon les autorités, cet individu, initialement appréhendé en 2021 pour assassinat, détention illégale d'arme à feu et association de malfaiteurs, « s'apprêtait à instaurer un foyer de gangs » dans cette localité. Cette arrestation intervient alors que les gangs étendent leur influence au-delà de la capitale, menaçant la stabilité des départements jusqu'ici relativement épargnés.

HAÏTI | Politique — Police garantit la liberté de manifester — Le 26 mars 2025, le porte-parole adjoint de la Police Nationale d'Haïti, Lionel Lazarre, a assuré lors d'une interview à Radio Télé Métropole que « les forces de l'ordre sont là pour garantir le déroulement des manifestations dans le respect des lois ». Cette déclaration intervient alors que des protestations se multiplient à Port-au-Prince contre l'inefficacité du Conseil Présidentiel Transitoire face à l'avancée des gangs. Cette position officielle contraste avec la réalité d'une police nationale dépassée par la violence des gangs qui contrôlent presque toute la capitale, rendant illusoire toute garantie de sécurité pour les manifestants.

HAÏTI | Éducation — Le ministre maintient les activités scolaires malgré la crise — Du 24 au 25 mars 2025, le ministre de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Augustin Antoine, a effectué une tournée dans plusieurs établissements scolaires du département de la Grand'Anse. Il a notamment visité l'école privée "Bon Berger" à Chanbelan qui accueille 1117 élèves et bénéficie du projet agricole PARSA financé par la Banque Mondiale. Le ministre a également rencontré des enseignants à Jérémie pour discuter de leurs revendications, notamment la régularisation de leur situation. Cette tournée ministérielle intervient dans un contexte où le système éducatif haïtien tente de maintenir ses activités alors que l'insécurité paralyse d'autres secteurs du pays.

HAÏTI | Transports — Plan aérien déconnecté de la réalité sécuritaire — Le 26 mars 2025, les ministres des Travaux Publics et du Tourisme ont annoncé un projet de relance du transport aérien haïtien, ignorant que l'aéroport Toussaint Louverture est classé zone de guerre par les autorités internationales. Aucun vol commercial n'y est autorisé depuis que la FAA a interdit aux compagnies américaines d'y opérer et que les primes d'assurance sont devenues prohibitives après les tirs contre des avions l'automne dernier. Cette initiative gouvernementale illustre le fossé croissant entre les ambitions affichées et la réalité d'un pays où les gangs contrôlent les accès à la capitale, rendant illusoire toute reprise du trafic aérien sans une amélioration drastique de la sécurité.

ONU | Droits humains — Trafic d'armes au cœur de la crise haïtienne — Le 28 février 2025, dans un rapport présenté au Conseil des droits de l'homme, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a documenté qu'au moins 4 239 personnes ont été tuées et 1 356 blessées en Haïti entre juillet 2024 et février 2025. « L'utilisation d'armes à feu et de munitions en Haïti, un pays qui ne fabrique pas de telles armes, a renforcé les gangs criminels », note le rapport. Les gangs, désormais unis dans la coalition "Viv Ansanm", possèdent un arsenal incluant des fusils d'assaut et des armes anti-matériel, principalement trafiqués depuis les États-Unis malgré l'embargo de l'ONU.

HAÏTI | Sécurité — Multiplication des massacres par les gangs armés — Entre octobre et décembre 2024, plusieurs massacres de grande ampleur ont été perpétrés par des gangs en Haïti. Le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l'homme révèle qu'entre le 6 et le 11 décembre, au moins 207 personnes, majoritairement des personnes âgées, ont été exécutées par des gangs dans le quartier Wharf Jérémie de Cité Soleil. Le 3 octobre, dans la localité de Pont Sondé (Artibonite), le gang Gran Grif a tué au moins 100 personnes et en a blessé 16 autres, dont trois bébés. Cette violence systématique a provoqué le déplacement d'au moins 1 041 229 personnes en décembre 2024, dont 52% sont des enfants, aggravant une crise humanitaire déjà catastrophique.

HAÏTI | Justice — Impunité chronique malgré les massacres — En juillet 2024, un juge d'instruction haïtien a inculpé 30 personnes, dont des personnalités politiques et des chefs de gangs, pour le massacre de La Saline en 2018, sans qu'aucune condamnation n'ait encore eu lieu. Selon le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l'homme présenté au Conseil des droits de l'homme en février 2025, cette absence de justice illustre « l'impunité enracinée » qui prévaut concernant les crimes commis par les gangs. Le système judiciaire haïtien reste « gravement compromis » par le manque de ressources, la corruption et les attaques contre les infrastructures judiciaires, permettant aux auteurs de violences massives d'échapper à toute sanction depuis des années.

CANADA-ÉTATS-UNIS | Économie — Ottawa menace de représailles face aux tarifs automobiles — Le 27 mars 2025, le Premier ministre canadien Mark Carney a affirmé que « rien n'est exclu » en réaction à l'annonce par Donald Trump d'une taxe de 25% sur toutes les automobiles importées aux États-Unis. « La relation que nous avions avec les États-Unis est terminée », a déclaré Carney, annonçant un « pivot » des relations commerciales canadiennes. Cette mesure protectionniste, qui entrera en vigueur le 2 avril, a été saluée par le syndicat UAW mais critiquée par les constructeurs américains. Le président de l'Association canadienne des fabricants de pièces automobiles a averti que « l'industrie risque de s'arrêter des deux côtés de la frontière en une semaine », illustrant l'interdépendance profonde du secteur.

MONDE | Commerce — Escalade des tensions commerciales après l'offensive de Trump — Le 27 mars 2025, plusieurs dirigeants mondiaux ont dénoncé les nouveaux tarifs douaniers de 25% imposés par Donald Trump sur les automobiles importées. Le chancelier allemand Olaf Scholz a averti que « les États-Unis ont choisi une voie dont l'issue ne compte que des perdants », tandis que le Canada a promis des « actions commerciales de représailles ». Cette mesure est perçue comme une violation de l'accord de libre-échange nord-américain signé en 2019. Les experts préviennent que ces tarifs ne créeront pas d'emplois américains immédiats, les nouvelles usines nécessitant plusieurs années de construction. Pendant ce temps, les actions de General Motors ont chuté brutalement, soulignant l'impact immédiat sur l'industrie automobile américaine.

UKRAINE | Défense — 1,5 million d'obus supplémentaires via l'initiative tchèque — Le 27 mars 2025, le Premier ministre tchèque Petr Fiala a annoncé que l'initiative d'approvisionnement en munitions pour l'Ukraine pourra livrer 1,5 million d'obus d'artillerie supplémentaires en 2025, autant qu'en 2024. Cette initiative tchèque, financée par plusieurs alliés, a déjà fourni 500 000 obus de calibre 155mm l'an dernier, compatibles avec l'artillerie OTAN livrée à Kyiv. Lors du sommet de Paris, les dirigeants européens ont réaffirmé leur soutien à l'Ukraine et convenu qu'il n'était « pas temps » de lever les sanctions contre la Russie, évoquant au contraire leur renforcement pour « faire pression économiquement » sur Moscou.

FRANCE-ROYAUME-UNI | Conflits — Macron persiste sur l'envoi de troupes malgré des réticences — Le 27 mars 2025, lors du sommet de Paris, le président français Emmanuel Macron a confirmé que la France et le Royaume-Uni poursuivraient leur projet d'envoyer des forces en Ukraine pour maintenir un éventuel cessez-le-feu, malgré l'absence de consensus européen. « Cela ne fait pas l'unanimité aujourd'hui, mais nous n'avons pas besoin d'unanimité pour le faire », a déclaré Macron. « Il y aura une force de réassurance avec plusieurs pays européens qui se déploiera ». Cette initiative intervient alors que l'Italie et d'autres alliés ont clairement refusé d'envoyer des troupes. Pendant ce temps, le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé que les chefs d'état-major français, britannique et allemand se rendront à Kyiv pour aider à planifier le soutien militaire.

UKRAINE | Diplomatie — Zelensky mise sur l'échec des négociations russes avec Trump — Le 27 mars 2025, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a adopté un ton d'optimisme stratégique malgré des tensions avec l'équipe Trump. Bien qu'il ait déploré les « messages du Kremlin » répétés par l'émissaire de Trump, Steve Witkoff, Zelensky estime que la Maison Blanche finira par comprendre la mauvaise foi de Moscou dans les négociations. « Les Russes ne veulent pas » d'un cessez-le-feu sans conditions, a-t-il affirmé, prédisant que l'administration américaine « croira de moins en moins les Russes avec chaque jour qui passe ». Parallèlement, Zelensky s'est plaint que les États-Unis changent « constamment » les termes d'un accord sur les minéraux, qui selon le Financial Times donnerait à Washington des droits prioritaires sur les ressources ukrainiennes.

ÉTATS-UNIS-DANEMARK | Géopolitique — Tensions diplomatiques au Groenland convoité par Trump — Le 27 mars 2025, la visite culturelle initialement prévue d'Usha Vance au Groenland a été transformée en déplacement militaire du couple vice-présidentiel à la base américaine de Pituffik, loin de toute population locale. JD Vance devrait critiquer le Danemark, accusé d'avoir « maltraité le peuple groenlandais pendant des décennies ». Cette visite, qualifiée d'« hautement agressive » par le dirigeant territorial Múte Egede, s'inscrit dans la volonté affichée de Donald Trump d'annexer l'île qu'il convoite pour ses terres rares et sa position stratégique. Des manifestations étaient prévues dans la capitale, avec des pancartes « Yankee Go Home », que les Américains éviteront désormais. « Trump a uni les Groenlandais dans la défiance », note un expert, alors que le président persiste : « Nous l'aurons ».

Cette mosaïque d'événements révèle un système international en profonde mutation. La faillite de l'État haïtien malgré l'intervention internationale questionne l'efficacité des modèles actuels de stabilisation. Simultanément, les tensions commerciales et les ambitions territoriales américaines dessinent une politique de puissance décomplexée qui contraste avec l'approche collective européenne face à la Russie, illustrant deux visions antagonistes de l'ordre mondial émergent.


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