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Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a entamé sa première tournée officielle dans les Caraïbes par une visite stratégique en Jamaïque, soulignant l’ambition des États-Unis de restructurer leur coopération régionale, notamment en matière de sécurité, de commerce et d’aide au développement.
Un partenariat renforcé sous le signe de la sécurité et du développement
Lors d’une conférence de presse conjointe le 26 mars 2025 à Kingston, le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness a salué « la profondeur de la relation historique entre les deux pays », ancrée dans des « valeurs démocratiques communes ». La visite du secrétaire d’État Marco Rubio, neuf semaines seulement après sa prise de fonction, illustre selon lui « la volonté des États-Unis de renouveler leur engagement dans la région anglophone des Caraïbes ».
Les deux responsables ont centré leur dialogue sur des enjeux prioritaires : lutte contre la criminalité transnationale, commerce, migration, développement économique, et stabilisation d’Haïti. Le concept de « guerre mondiale contre les gangs », évoqué par Holness et repris par Rubio, constitue le fil rouge sécuritaire de la rencontre. L’objectif est clair : « faire face à des organisations criminelles qui, dans certains contextes, sont devenues plus puissantes que les États eux-mêmes », selon les mots du secrétaire d’État.
Une coopération concrète contre les gangs et les trafics
Rubio a annoncé plusieurs mesures concrètes : relance du centre de fusion JOLT pour lutter contre l’arnaque à la loterie, équipements de détection pour les laboratoires jamaïcains, logiciels de renseignement pour les forces de l’ordre, ainsi que des technologies telles que des lunettes de vision nocturne. Cette offensive technologique et logistique vise à « renforcer la capacité locale » et non à « imposer une solution extérieure », insiste-t-il.
Un autre enjeu majeur est la circulation des armes. Rubio reconnaît que « de nombreuses armes utilisées par les gangs en Jamaïque sont achetées aux États-Unis ». Il promet une action bilatérale accrue pour endiguer ces flux.
Haïti : urgence sécuritaire et consensus régional
La crise haïtienne s’est imposée comme une priorité. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté d’agir conjointement. Pour Holness, la solution passe par une montée en puissance rapide de la Police nationale haïtienne (PNH), tant en effectifs qu’en ressources. « La situation actuelle de blocage ne peut perdurer », avertit-il.
Rubio, de son côté, présente la Jamaïque comme un modèle régional, saluant sa contribution aux efforts en Haïti. Cette reconnaissance témoigne d’un repositionnement américain dans la zone : soutenir les partenaires qui « agissent » et s’alignent stratégiquement sur les objectifs communs.
Refonte de l’aide américaine : la fin des ONG prescriptrices ?
L’un des volets les plus significatifs abordés par Rubio est la transformation du modèle d’aide étrangère des États-Unis. Fini, selon lui, le temps où « des ONG dictaient les priorités via USAID ». Désormais, l’aide sera « stratégiquement alignée avec les politiques étrangères américaines et les besoins exprimés par les gouvernements partenaires ».
Cette inflexion vise une meilleure efficacité mais suscite des remous : « Oui, il y a des perturbations quand on réforme, mais elles sont nécessaires », a-t-il reconnu en réponse à une question du Washington Post.
Holness a exprimé son adhésion à cette logique : l’aide doit contribuer à la montée en compétences de la population et au développement de secteurs clés comme la logistique, l’énergie ou encore la formation professionnelle.
Tourisme, commerce et migration : un climat de confiance renouvelé
Sur le volet économique, les deux pays ont exprimé leur souhait d’intensifier leurs échanges commerciaux, avec un volume bilatéral dépassant les 3 milliards de dollars en 2023. Le renouvellement du Caribbean Basin Economic Recovery Act a été identifié comme une priorité.
Concernant le tourisme, Rubio a salué la baisse significative de la criminalité en Jamaïque, justifiant une révision prochaine des avis de voyage émis par les États-Unis. Selon Holness, les crimes visant les visiteurs représentent « moins de 0,01 % » des plus de 3 millions de touristes annuels.
Sur la question migratoire, Rubio a rassuré les détenteurs de cartes vertes jamaïcains, affirmant qu’ils ne seraient pas affectés par les nouvelles mesures migratoires américaines. Toutefois, il a fermement défendu la politique actuelle : « Il faut des lois migratoires, et elles doivent être appliquées. »
Cuba et la Chine : les lignes rouges de Washington
Interrogé sur la présence de médecins cubains en Jamaïque, Rubio a nuancé : « Ce n’est pas un problème de médecins, mais de pratiques de travail forcé dans certains pays. » Holness a défendu son programme en soulignant qu’il respecte « le droit du travail et les normes internationales ».
Sur la Chine, Rubio n’a pas caché ses inquiétudes : « Notre problème n’est pas l’investissement, mais les pratiques prédatrices : prêts insoutenables, main-d’œuvre importée, sous-enchère faussée. »
Une relation modèle pour la région ?
Cette visite semble marquer une volonté américaine de repositionner ses alliances régionales sur une base plus stratégique et bilatérale. La Jamaïque est érigée en partenaire exemplaire, tant sur le plan sécuritaire qu’économique. Reste à voir si les promesses tenues à Kingston seront suivies d’effets concrets dans les mois à venir.